Carrat (Balma del)

Caunes-Minervois (Aude - FR - France)
43.336558,2.536530
Length 307m Depth 46m
Approach ☆☆☆☆☆ Aestheticism ☆☆☆☆☆ Ease of move ☆☆☆☆☆
Grottocenter / carte

Location

On y arrive facilement en prenant la piste des Ri­ves Hautes depuis Caunes-Minervois, direc1ion "Carrière". Laisser le parking, passer à côté d'une excavation artificielle ; la piste tourne ensuite à droite puis, un peu plus loin, amorce un grand virage vers la gauche. De ce point, l'entrée n'est qu'à une trentaine de mères environ, au fond d'un effondrement qui est, de plus, signalé sur la carte IGN comme Balme du Carat, un toponyme fort pro­che. Stochus - 23/09/2025

Description

Description détaillée

Stochus - 23/09/2025

Cette cavité s'ouvre sur le bord est d'une ancienne carrière. L'entrée originelle devait se trouver dans le coin nord-ouest de celle-ci. On remarque d'ailleurs un tronçon de conduit kars­tique de ce côté-là. La grotte actuelle elle-même débute par un porche de 6 mètres de large sur 1 à 1,5 mètre de haut, en grande partie bouché par un muret de pierres sèches. On pénètre dans une galerie de même facture, avec de belles cloches de dissolution en plafond, au sol encombré de pierraille. Sur la droite, arrivée d'un petit conduit remontant qui débouche en surface (2,5 m au-dessus du porche). En face, dans le coin est, au fond de la galerie, un passage très étroit dans les cailloux n'a pas été franchi et laisse entrevoir une petite poche. La suite principale, évidente, se si­tue entre ces deux endroits; par un couloir bordé de cailloux, on entre dans une petite salle concrétionnée dans laquelle on remarquera les repères peints sur les parois par les archéologues : c'est la Salle des Fouilles, terminus des parties anciennement connues. L'accès à la suite a été ouvert grâce à l'abaissement du sol, ce qui a dégagé un passage bas sur le côté de la salle. On franchit ce boyau très court pour se retrouver dans les nouvelles parties. On débouche tout de suite dans une belle galerie légèrement descendante; il faut alors passer un petit ressaut puis, un peu plus loin, une courte chatière et on se retrouve dans une grande salle où le marbre apparaît dans toute sa splendeur : la salle de la Sorcière Incarnate (toponyme farfelu reposant sur un brin de réalité, trouvez-la ! Dans le coin droit, diverticules remontants et cheminée concrétionnée. La salle descend jusqu'à un amoncellement de blocs (fond plat en dessous à -16m, sur le côté droit) puis remonte de l'autre côté sur des coulées stalagmi­tiques. Elle mesure 20 mètres de long sur 3 à 6 mètres de large et 3 à 8 mètres de haut et est creusée dans un magnifique marbre rouge veiné de gris et blanc (dit "in­carnat"), tout comme le reste de la cavité d'ailleurs. La suite est au bas de la salle, derrière les blocs, côté gauche ; le conduit remonte légèrement jusqu'à un seuil. Au-dessus, un conduit accessible par une escalade délicate sans matériel rejoint un ensemble supérieur de petites galeries. Si on descend sur des concrétions assez glissantes, on arrive au sommet d'un ressaut de 4 mètres ; la descente est possible sans matériel par une étroi­ture située dans le coin opposé. Au bas du ressaut, on remonte entre des lames dans une nouvelle salle. De là, on peut visiter une galerie spacieuse qui part vers le nord, parallèlement à la Salle de la Sorcière ; elle se termine à -18m dans une petite salle colmatée par des remplissages Au début de cette galerie, une escalade sur la paroi droite constitue l'accès le plus facile aux conduits supérieurs (petites conduites forcées concrétionnées) qui rejoignent les galeries basses à quatre endroits différents. Vers l'est, un conduit horizontal donne rapidement dans une jolie salle au sol pentu. Au pied de la paroi gauche s'ouvre un trou qui conduit sur les galeries inférieures : d'un côté, ensemble de poches reliées par des étroitures (fond à -26m) et de l'autre, diaclase débouchant dans une petite salle plate encombrée par un gros bloc. Au fond de la salle supérieure, un court passage bas dans des blocs redonne dans un beau méandre, le surcreusement amène dans une poche au sommet étroit d'un P7 qui jonctionne avec la salle inférieure au gros bloc. Le méandre continue jusqu'à un bel élargissement puis se transforme en tube assez bas après avoir franchi un bloc glissant. Dès le début, à gauche, un ressaut de 3 mètres permet de prendre pied dans une galerie remontante très pentue qui s'achève à-9m, certainement à un point très proche de la surface (voir coupe). Le conduit bas arrive rapidement au sommet d'un joli puits de 16 m (la descente nécessite deux amarrages et une corde de 25m mais des frottements "acceptables" subsistent). Le puits comporte un départ de galerie colmatée en cours de descente et une cheminée parallèle, il arrive dans la salle terminale. ATTENTION ! Du gaz carbonique est présent dans cette par­tie de la cavité, à des concentrations pouvant être élevées et à des niveaux très variables. Il peut remonter jus­qu'au sommet du P16 (témoignage de Marie Guérard) mais reste en général à sa base, dans la salle terminale et surtout dans la galerie menant à - 46 m. Lors de la topographie, le 24 septembre 1998, le gaz. était peu sensible puisque l'on a pu atteindre le point bas de la cavité sans trop de gêne. Ce gaz carbonique provient sans doute de l'activité végétale, la cavité étant très proche de la surface ; de nombreuses racines pendant des pla­fonds en sont la confirmation. La salle terminale contient une coulée de concrétions sur le côté droit et des dépôts argileux recreusés de l'autre côté. Dans son point bas, un étroit goulet vertical nous fait pénétrer dans la dernière galerie, une conduite forcée pentue, assez glaiseuse, qui s'achève sur un bouchon de caillasse et d'argile à -46m. C'est le terminus de cette cavité très peu connue mais qui mérite le détour et nous demanderons aux éventuels visiteurs d'en préserver la richesse et l'intégrité jusqu'ici heureusement in­tactes.

Préhistoire

Stochus - 24/09/2025

Cette description est extraite de l'ouvrage de synthèse "L'Aude Préhis­torique" de Michel Barbaza et con­cerne spécialement la Balma del Car­rat dans laquelle de nombreux vesti­ges préhistoriques ont été exhumés. Les fouilles ont permis de retrou­ver les restes d'une importante occu­pation chasséenne caractérisée par une céramique d'excellente qualité, qui présente des formes classiques (bols, écuelles, coupes) et des formes originales (assiettes, bouchon). Parmi les moyens de préhension, nous pou­vons noter la présence de cordons multiforés, de perforations sous-cuta­nées, de tétons simples ou superpo­sés. Le décor réalisé à cuit a des trian­gles hachurés, des bandes grillagées; toutefois, certains décors sont proches de ceux du Bizien, avec des cannelu­res profondes limitant de fines inci­sions. L'occupation chalcolithique est ca­ractérisée par la présence d'inhuma­tions associées à des flèches perçan­tes, à une palette funéraire en schiste vert (G. Sicard, 1890), et à des pote­ries avec décor de cordons lisses ou de pastilles en relief. Des fragments de pots volumineux avec cordons impressionnés, coups d'ongle, cupules diverses, rebords di­gités attestent d'une importante occu­pation du Bronze Ancien-Moyen. Sous les niveaux néolithiques de la petite salle de la Balma del Carrat, J. Guilaine a recueilli un mobilier li­thique très pauvre, constitué entre autres par trois lamelles à dos tronqué et une pointe azilienne. Les trois son­dages entrepris en juillet 1966 par D. Sacchi, n'ont pas permis de retrouver la trace de niveaux du Paléolithique Supérieur ou de l'Epipaléolithique.

Bibliographie

Stochus - 24/09/2025

􀀤 BARBAZA (M.)-1979 - L'Aude Préhistorique. Carcassonne, pp. 51- 52. 􀀤 GUILAINE (J.) -1965 -Recher­ches sur la préhistoire récente du Lan­guedoc occidental. Campagne de fouilles 1964. Cahiers Ligures de Pré­histoire et d'Archéologie. T. 14, pp. 157 à 160 (fig. 11, p. 159). 􀀤 GUILAINE (J.) - 1970 - Sur le Chasséen du Languedoc occidental. Dans "Les civilisations du Néolithique du Midi de la France". Actes du Col­loque de Narbonne, 15-17 Février 1970. Atacina 5, p. 37. 􀀤 GUILAINE (J.) - 1971 - L'Age du Bronze en Languedoc occidental, Roussillon, Ariège. Mémoire de la So­ciété Préhistorique Française. T. 9, pp. 74, 89, 92, 93 (fig. 26). 􀀤 GUILAINE (J.) - 1970 - La néo­lithisation du bassin de l'Aude et des Pyrénées méditerranéennes françai­ses. Dans "Les débuts du Néolithique de l'Orient à l'Europe du Nord". Fundamenta. Schwabedissen, éditeur, Cologne. 􀀤 MORONI (M) - 1962 - Les grottes de Caunes et ses environs. Fascicule 20 p. ; p. 11. 􀀤 PERICOT-GARCIA (L.) - 1950 - Los sepulcros megaliticos y la cultura pirenaica. lnstituto de Estudios Pire­naicos. Barcelona, p. 242. 􀀤 SACCHI (D.) -1967 - Le Paléo­lithique Supérieur dans la Montagne Noire. Etat des recherches et perspec­tives. Atacina 1, p. 12. 􀀤 SACCHI (D.) - 1968 - Données nouvelles sur le Paléolithique Supé­rieur du département de l'Aude. Ata­cina 3, p. 6 (fig. 1, n° 9, p. 5; fig. 2, n 1 à 5, p. 7). 􀀤 SICARD (G.) - 1890 - La grotte sépulcrale dite "Balmo dal Carrat", Caunes (Aude). L'Anthropologie, pp. 506 à 509 (fig. 1 à 5, p. 507; fig. 6 à 11, p. 508; fig. 12 à 14, p. 509). 􀀤 SICARD (G.) -1896 - La Balmo dal Carrat. Bull. Soc. d'Etudes Scien­tifiques de l'Aude. T. 8, pp. 57 à 62. 􀀤 SICARD (G.) - 1897 - Essai sur la Spéléologie de l'Aude. Carcas­sonne, pp. 13-14. 􀀤 SICARD (G.) - 1900 - L'Aude Préhistorique. Carcassonne, p. 7.

Géologie

Stochus - 24/09/2025

La Balma del Carrat se développe dans le Dévonien moyen, caractérisée par des calcaires massifs rouges ou roses Eifelien, au faciès "marbrier", constitués par des masses de calcai­res à Stromatactis. Ces derniers sont très bien mis en valeur dans la Balma del Carrat dans lequel on observe des calcaires clairs plus ou moins massifs, des calcaires lithographiques roses à goniatites, des calcaires fins marneux et d'autres fa­ciès difficiles à distinguer.

Remplissages

Stochus - 24/09/2025

Ils sont essentiellement composés de dépôts sableux, argileux et de galets et graviers divers comportant des éléments comme des schistes, grès, gneiss, quartz montrant leur caractère allochtone, c'est-à-dire qu'ils proviennent de zones éloignées, vraisemblablement des terrains primaires formant l'ossature de la zone axiale de la Montagne Noire, situés à plusieurs kilomètres au nord des cavités. On peut facilement en conclure qu'à l'époque où ces éléments ont envahi ces cavités, la région avait une topographie très différente et que cela s'est produit il y a bien longtemps.

Hydrogéologie

Stochus - 24/09/2025

La cavité el­le-même peut être considérée comme "fossile" ; seuls quelques ruissellements, associés aux concrétions, la traversent épisodiquement. La Balma del Carrat est sur le bassin d'alimentation de la source de Notre-Dame du Cros ou de Font Romanel.

Documents

Carrat Coupe 24/09/2025
Carrat Plan 24/09/2025

History

La Balma del Carrat est la cavité la plus anciennement con­nue de ce secteur. Elle est citée dès la fin du siècle dernier par Germain Sicard qui l'a fouillée à plusieurs reprises (1890, 1896 et 1900) et note qu'elle a été en partie détruite par les travaux des car­riers et qu'elle sert d'abri aux trou­peaux. Les découvertes de mobiIier néolithique qu'il signale montrent bien que la caverne communiquait auparavant avec la surface mais par une entrée différente (certainement située côté ouest de l'effondrement). Il décrit la salle des fouilles où il découvre des objets gallo-romains. En 1962, un spéléologue lo­cal, M. Moroni, publie un petit fasci­cule sur "Les Grottes de Caunes et ses environs" dans lequel il décrit à son tour la grotte mais sans apporter réel­lement rien de nouveau, si ce n'est l'utilisation de la caverne comme fabrique de poteries (hypothèse peu vraisemblable). C'est en 1964 que des fouilles scientifiques sont entreprises par Jean Guilaine qui deviendra ensuite un archéologue reconnu, célèbre et surtout très compétent. Ses recherches montrent que la grotte a "surtout fait fonction d'habitat et qu'elle a été assez peu destinée à des fins sépulcrales, sinon au chalcolithique". Sous les niveaux néolithiques de la petite salle, J. Gui­laine a recueilli un mobilier pauvre de type azilien (plus ancien). C'est ce qui pousse Dominique Sacchi, en 1966, à entreprendre des sondages dans la même salle pour retrouver des niveaux du paléolithique, mais en vain. C'est certainement lors de ces fouilles que l'accès au boyau amenant à la suite de la cavité a été dégagé. L'exploration spéléologique a alors pu débuter mais, paradoxalement, nous n'avons pu trouver aucun renseignement précis, ni dates, sur les auteurs de ces investigations. La grotte est ensuite visitée et complétée, notamment par le SCA vers la fin des années 1970. Puis, plus récemment, le SCM s'in­téresse en voisin à celle­-ci, années 84-85. Plu­sieurs conduits sont répertoriés après escalades, et une étroiture agrandie dans la galerie inférieure livre quelques mètres d'inconnu (fond à -26m) mais sans grande ampleur. Consta­tant qu'il n'existait aucune fiche sur cette grotte, le SCM en a en­trepris l'étude détaillée à l'automne 1998. La topographie complète est levée en trois séances les 8, 15 et 24 septem­bre 1998 par Christophe Bès et Stéphane Trin­quier et complétée en surface le 21 octobre. Signalons en passant que les topographes n'ont pas eu la tâche aisée car ils ont subi des tentatives de pression de la part d'un habitant de la Croix de Fer, au lieudit "Le Baraillé". Celui-ci, sournoisement, leur tendait une bonne embuscade en les invitant à prendre l'apéritif et en essayant à tout prix de le prolonger par un repas plantureux et indigeste afin de faire annuler la sortie prévue. Mais ils ont su résister à la tentation pour atteindre leur but et vous présenter cette ca­vité. Mais, Dieu, que de surprises réserve la spéléo ! Enfin, de nombreu­ses photos ont été prises le 21 octo­bre 1998 et l'une d'elles a l'honneur de figurer en vignette sur la couverture de Spélé Aude n° 8. Stochus - 23/09/2025

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